Des précédents fictifs, des citations erronées et du plagiat : l'utilisation de l'intelligence artificielle (IA) dans le domaine juridique soulève des inquiétudes croissantes. Les avocats, de plus en plus décomplexés, utilisent des outils d'IA qui, dans certains cas, entraînent des dysfonctionnements qui ne peuvent plus être tolérés par les tribunaux, notamment aux États-Unis. La Cour suprême de Floride a récemment mis en place des sanctions pour faire face à cette crise.
Un incident marquant est survenu en début d'année lorsqu'un juge a découvert des précédents inventés dans un mémoire déposé par un avocat qui avait utilisé le chatbot Claude pour rédiger son document. L'avocat, qui pensait que le contenu généré serait fiable, a reconnu ne pas l'avoir vérifié avant de le soumettre.
Le juge Jerry Edwards Jr, du tribunal de district de Louisiane, a affirmé : "L'ignorance des risques liés à l'utilisation de l'IA n'est plus une excuse", infligeant une amende de 1 000 dollars (864 euros) à l'avocat et l'obligeant à suivre une formation sur l'utilisation de l'IA dans la pratique.
De manière similaire, la semaine dernière, le juge fédéral Sharion Aycock a sanctionné des avocats devant le tribunal du Mississippi en raison de mémoires contenant des citations de cas fictifs. L'amende totale s'est élevée à 8 000 dollars et deux avocats ont été suspendus pour deux ans.
Selon une base de données créée par Damien Charlotin, avocat et chercheur associé à HEC Paris, environ 1 600 cas d'hallucinations dans des documents judiciaires ont été recensés depuis avril 2023, mettant en évidence un problème qui ne se limite pas aux États-Unis, mais qui prend également de l'ampleur dans 35 autres pays.
L'IA est décrite comme une technologie efficace pour reproduire des modèles, ce qui est particulièrement pertinent en matière juridique, où le raisonnement repose souvent sur des structures répétitives. Cependant, cette capacité peut générer des contenus apparemment fiables mais fondamentalement erronés.
Damien Charlotin souligne qu'il existe des affaires où les avocats parviennent malgré tout à gagner, même en ayant recours à quelques erreurs dues à l'IA, mais ces incidents posent divers problèmes, tels que des pertes de temps et d'argent pour toutes les parties impliquées, et peuvent entacher la réputation des juridictions concernées, comme l'a noté la juge Linda Kevins de la Cour suprême de l'État de New York.
Une majorité des avocats ayant fait appel à des chatbots pour générer du contenu n'ont pas utilisé d'outils juridiques spécialisés, laissant entrevoir une méconnaissance des limites de ces technologies. Scott Schlegel, membre de l'American Bar Association, a exprimé son exaspération en déclarant : "Qu'ils arrêtent. Qu'ils fassent simplement leur travail et lisent les décisions. Franchement !".
Pour lutter contre ce phénomène et garantir l'existence réelle des décisions juridiques citées, les règles de la Cour suprême de Floride, entrant en vigueur prochainement, permettront aux juridictions inférieures de prendre des mesures contre les avocats invoquant de faux précédents. La situation actuelle appelle à une réflexion approfondie sur l'intégration de l'IA dans le domaine juridique.







