Entre les tensions persistantes au Moyen-Orient, les menaces autour du détroit d'Ormuz et la volatilité des marchés, la dynamique du conflit entre Washington et Téhéran suscite de vives inquiétudes dans le secteur de l'énergie. Selon Philippe Charlez, expert en énergie et membre influent du think tank Le Millénaire, l'évolution des négociations et l'état des infrastructures pétrolières pourraient influer rapidement sur les prix à la pompe.
Alors que l'Iran et les États-Unis s'échangent des accusations de violation du cessez-le-feu à la suite des récentes frappes en Iran et au Koweït, les perspectives d'un accord de paix semblent s'éloigner. Philippe Charlez nous éclaire sur les répercussions de ces tensions sur les marchés pétroliers, les risques d'approvisionnement à l'échelle mondiale et l’impact potentiel sur les consommateurs français.
La Dépêche du Midi: Les nouvelles frappes entre les États-Unis et l'Iran auront-elles des conséquences sur les cours du pétrole ?
Philippe Charlez : Bien que les marchés pétroliers soient en légère fluctuation, la situation reste relativement stable. Le baril de Brent est actuellement évalué autour de 96,70 dollars, alors qu'il était de 100 à 110 dollars à la même période un mois plus tôt. Cette dynamique se traduit par une adaptation du marché en réponse à un déficit d'environ 10 % de la production mondiale, causé par les tensions au détroit d'Ormuz. Nombreux sont ceux en France à avoir réduit leur consommation de 10 à 15 % depuis le début de la crise.
Si un accord de paix était effectivement conclu, on pourrait espérer voir le baril revenir sous la barre des 90 dollars, voire vers 70 dollars, des niveaux observés avant le conflit. Toutefois, cela dépendra largement des infrastructures pétrolières qui pourraient avoir souffert des affrontements.

Si la situation se stabilisait, pourrions-nous envisager une baisse notable des prix à la pompe ?
La relation entre le prix du baril et le coût à la pompe est étroite. Une diminution de 10 dollars du baril pourrait entraîner une réduction d'environ 5 à 6 centimes sur le litre d'essence. Actuellement, avec le baril à 95 dollars, il est réaliste d'attendre des prix d'environ 2,05 euros pour le gazole et 2 euros pour le SP95. Cependant, la dynamique des marges de raffinage demeure un facteur déterminant, ces dernières étant actuellement élevées en raison de la rareté du diesel en Europe.
Quelles seraient les implications d'une reprise des hostilités entre les États-Unis et l'Iran, notamment si le détroit d'Ormuz était complètement bloqué ?
La question de la pénurie est délicate, car elle dépend du prix que chaque pays est prêt à payer. Si le baril atteignait 150 dollars mais que certains pays comme la Chine étaient enclins à payer, la France pourrait se retrouver en pénurie relative. L'impact immédiat des tensions actuelles est déjà intégré dans le coût du baril, à ceci près qu'un incident majeur pourrait provoquer une flambée brutale des prix.
Concernant le gaz, la situation est plus préoccupante cet hiver, surtout si des installations clés, comme celles de QatarGas, subissent des dommages. En effet, 20 % du gaz naturel liquéfié mondial transite par le détroit d'Ormuz.
Donald Trump affirme que les États-Unis sont devenus indépendants du pétrole du Moyen-Orient. Est-ce le cas ?
Sur le papier, oui. Les États-Unis produisent en effet plus qu'ils ne consomment et exportent du pétrole. Cependant, ils ne sont pas à l'abri de la hausse des prix mondiaux ; leur marché intérieur suit la tendance internationale. En conséquence, en cas d'envolée des prix, les Américains pourraient se retrouver à payer encore plus cher à la pompe qu'en Europe, en raison de taxes internes relativement basses.







