La campagne électorale vient-elle de faire escale en Israël avec l'affaire de la flottille de Gaza? Mercredi dernier, le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben Gvir a partagé une vidéo choquante illustrant l’arrestation de militants engagés pour Gaza. Ces images montrent les personnes agenouillées, les mains liées dans le dos, tandis qu’une femme crie « Libérez la Palestine » avec son visage écrasé au sol par les forces de sécurité. Les 430 militants ont été expatriés le lendemain après un tollé international, suscitant même des réactions fortes, comme celle de la dirigeante italienne Giorgia Meloni qui a jugé ces actes comme « inadmissibles ».
De nombreux dirigeants mondiaux, dont des responsables européens, ont également exigé des excuses, mais « Ben Gvir ne cherche pas à plaire à l’échelle internationale, mais à provoquer un buzz pour établir un lien avec un électorat plus jeune et plus à droite, renforçant ainsi sa base », souligne Jérôme Sesquin, journaliste et co-auteur d’un documentaire sur Ben Gvir. Ces tactiques s'inscrivent dans une logique électorale à quelques mois d'un scrutin qui pourrait remodeler le paysage politique israélien.
Une stratégie électorale teintée d’outrance
Cette vidéo s’inscrit dans une volonté manifeste de Ben Gvir de renforcer son image de fermeté auprès de ses partisans. « Cela peut sembler étrange depuis la France, mais certaines factions de son mouvement, les Kahanistes, lui reprochent de ne pas être assez radical », ajoute Jérôme Sesquin. Bien que sa carrière soit définie par des provocations, comme lorsqu'il a récemment célébré la mise en place d'une loi préconisant la peine de mort pour certains types de terroristes, la situation actuelle pourrait nuire également à l'image du pays. Alain Gresh, fondateur d'’Orient XXI, avertit d'une dérive alarmante vers l'extrême droite au sein de l'électorat israélien, accélérée par les événements tragiques du 7 octobre.
Cependant, cette provocation a également causé des frictions au sein du gouvernement. Gideon Saar, le chef de la diplomatie, a ouvertement reproché à Ben Gvir de porter atteinte à l’image du pays, une opinion partagée par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui a affirmé que les images diffusées ne correspondent pas aux valeurs d’Israël. « Les Israéliens sont bien conscients que ces images choquent à l'international. Certains réagissent pour des raisons morales, d'autres pour des préoccupations d'image », conclut Jérôme Sesquin.
Un gouvernement en crise
À ce jour, un éventuel limogeage de Ben Gvir semble peu probable, étant donné que la survie de la coalition dépend de permettant sa présence. Cependant, des voix s'élèvent pour affirmer que la coalition est déjà en phase terminale. La Knesset a récemment voté pour dissoudre l’Assemblée, préparant le terrain pour des élections anticipées, un développement que le chef de l’opposition Yaïr Lapid considère comme le début d'une campagne électorale concrète.
Les enjeux s’annoncent complexes pour Netanyahou, un vétéran de la politique israélienne, qui pourrait voir son règne, entamé il y a 18 ans, pris en danger. « Bien qu’il ait une capacité unique à mobiliser les électeurs, son approche controversée, souvent comparée à celle de Viktor Orbán, le rend clivant », prévient Alain Gresh.
L'avenir incertain
L’opposition s'organise autour d'une alliance, entraînée par le sentiment que le Premier ministre est en grande partie responsable des tragédies récentes. Bien qu'ils tentent tous de se distancier de cette responsabilité, il est évident que les récentes actions gouvernementales ont exacerbé les tensions. D'ici à octobre 2026, la question demeure : la chute de Netanyahou pourrait-elle réellement signaler un changement significatif pour les Palestiniens ? Les précédents gouvernements, même ceux se revendiquant de l'opposition, ont suivi des politiques similaires, souvent marquées par une intensification de la colonisation et une escalade de la violence en Cisjordanie.







