La présidente du groupe La France insoumise à l'Assemblée, Mathilde Panot, milite pour un blocage des prix des carburants à l'échelle nationale, en s'inspirant du modèle déjà appliqué à La Réunion. Mais ce système de plafonnement est-il réellement efficace pour contrer la montée des tarifs ?
"À La Réunion, il existe un blocage des prix, n'est-ce pas ?" a questionné Mathilde Panot lors de son intervention sur Franceinfo, le 7 avril 2026. Elle explique que ce mécanisme vise à atténuer les conséquences de la conflit au Moyen-Orient et de la flambée des prix du baril. Elle insiste sur le fait que ce blocage est "le résultat de luttes passées", garantissant une "protection contre les hausses des prix du gazole et de l'essence". Mais cette affirmation est-elle fondée ?
Plafonnement des prix à La Réunion depuis trois décennies
Il est vrai que les prix des carburants sont plafonnés à La Réunion, mais cette mesure ne préserve pas complètement les consommateurs des augmentations. En réalité, elle ne fait que retarder leur apparition. Chaque mois, le préfet de La Réunion détermine le tarif maximum du litre de carburant, ce qu’on appelle des prix administrés. Les stations-service ont la possibilité de vendre à un tarif inférieur, mais ne peuvent pas dépasser celui fixé par la préfecture. Toutefois, pour des raisons concurrentielles, la majorité d'entre elles s'alignent sur ce prix maximal.
Ce mécanisme de régulation est en place depuis 1988, suite à une ordonnance gouvernementale. À l'époque, le Conseil de la concurrence a estimé que, dans les départements d’outre-mer, la compétition était insuffisante pour garantir des prix auto-régulés. Ainsi, depuis, La Réunion, la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique bénéficient de ce système afin de contrer les hausses de prix. En 2014, cette réglementation a été adaptée aux conséquences d'une mobilisation contre le coût de la vie, mais subsiste encore aujourd'hui.
Une hausse des prix décalée
Bien que le plafonnement des prix ralentisse les hausses, il ne les annule pas totalement. Chaque fin de mois, les tarifs sont révisés en fonction du marché. Les prix fixés en mars n’ont pas été influencés par le début des conflits internationaux, ce qui a permis de maintenir des coûts stables. Cependant, une hausse a été constatée en avril, désormais liée aux cours mondiaux des produits pétroliers.
"La Réunion a connu des prix stables en mars grâce au système de fixation administrée, mais cette situation entraîne mécaniquement une augmentation pour le mois suivant, en réponse à l’évolution internationale des prix des produits pétroliers." C'est ce qu'a précisé la préfecture lors d’un communiqué. Cette hausse a été brutale, augmentant de 52 centimes pour le gazole et de 42 centimes pour le super en une seule nuit.En comparaison, pendant la même période, le retard des hausses en métropole s’est fait sentir avec une augmentation de 66 centimes par litre de gazole. Pour les Réunionnais, les prix demeurent néanmoins moins élevés qu’en métropole, avec 1,77 euro le litre de gazole contre 2,35 euros en moyenne dans l’Hexagone.
Ce phénomène s'est également produit en Guadeloupe et en Martinique, confirmant que le plafonnement ne freine pas efficacement l'escalade des prix, mais simplement en retard le processus. Si, par le passé, cela a permis une protection temporaire, on a également observé que ce type de régulation peut retarder les baisses de prix en cas de baisse mondiale du baril, comme cela a été le cas après la crise financière de 2008.
En conclusion, le système de plafonnement des carburants à La Réunion ne parvient pas à arrêter la flambée des prix, seulement à la retarder, et pourrait également retarder les baisses. C'est là un enjeu crucial tant pour les consommateurs que pour les décideurs politiques qui doivent naviguer entre régulation et libre marché.







