ENTRETIEN - Déchue de son statut d'enseignante et de son mandat électoral, Ioulia Galiamina, figure emblématique de l'opposition restée sur le sol russe, exprime son appel à un cessez-le-feu immédiat en Ukraine.
LE FIGARO. - Après votre répression, quel est votre engagement actuel en tant que femme politique?
IOULIA GALIAMINA. - Même si je ne peux plus agir publiquement, je reste impliquée dans des projets. Mon rôle consiste à soutenir des militants et des communautés œuvrant pour le bien commun en derrière les coulisses, en offrant conseils et formations.
Quel est votre niveau de liberté en tant qu'« agent étranger »?
La situation est très difficile ; trouver un emploi officiel est presque impossible. Le statut d'« agent étranger » impose un impôt de 30%, et peu de gens sont prêts à me recruter à cause de cette étiquette. Mes droits politiques et professionnels sont gravement restreints.
Je ne peux plus participer à des élections ou soutenir un candidat. Cette désignation, qui me touche depuis septembre 2022, est une manœuvre du pouvoir pour m'effacer totalement. Auparavant, j'avais déjà subi une procédure pénale pour mes engagements politiques. Cela a abouti à une peine avec sursis, limitant mes activités publiques.
Malgré tout, souhaitez-vous agir?
Oui, mais il est crucial de rester discret. Les autorités veulent que tout semble calme ; elles se concentrent sur le visible. La majorité des Russes ne soutiennent ni la répression ni la guerre, mais se conforment à cette façade.
Qu'en est-il de la réaction populaire à la répression actuelle?
Le mécontentement s'accentue, surtout avec la flambée des prix et la dégradation des conditions de vie. Les prochaines élections de la Douma excitent les craintes des dirigeants qui blâment les réseaux sociaux pour tous les problèmes, tout en renforçant leur censure. Ce faisant, ils ne font que susciter davantage de mécontentement.
Comment le public exprime-t-il son mécontentement?
C’est un défi. L'action collective - comme la récolte de signatures ou la publication de messages vidéo - a lieu, mais le succès n’est pas assuré. Les autorités hésitent toutefois, montrant des signes de vulnérabilité. Récemment, nous avons réussi à préserver un bâtiment ancien grâce à une pétition de 4 000 signatures. Cela prouve que des initiatives réussissent.
Peut-on espérer un véritable changement politique?
Les actions radicales sont souvent suivies de répressions sévères comme l'exil ou l'emprisonnement. J’ai abordé la philosophie pour mieux comprendre le chemin du changement. Les petites actions locales, des « événements politiques mineurs », peuvent transformer notre société.
Avez-vous des exemples positifs?
Des groupes communautaires se créent pour discuter de l'avenir. Par exemple, un collectif sur l'environnement évoque aussi des sujets philosophiques tout en militant pour des pratiques durables. À travers des actions locales, nous essayons de préserver notre environnement et élever le débat public.
Il est essentiel de développer des « bulles de liberté » et d'encourager l'engagement citoyen plutôt que de s'attaquer directement au régime. Les citoyens ont, pour la plupart, un désir de tranquillité et se soucient surtout des problèmes locaux.
Comment mettre fin à la guerre en Ukraine?
Chaque nation a sa propre conception de la justice ; je plaide pour un pacifisme qui privilégie la vie humaine sur le territoire. La force brute n'engendre que davantage de souffrances. Une cessation immédiate des hostilités est vitale.
L'Europe doit repenser sa stratégie sécuritaire à l’égard de la Russie. En continuant à la considérer comme une menace, elle perpétue des conflits qui pourraient engendrer une nouvelle guerre mondiale. Je plaide pour un futur partenariat sans Poutine, car notre pays doit être vu sous un autre jour.
Pensez-vous que l'avenir soit prometteur?
Lorsque Poutine partira, deux chemins se dessineront : soit une junte militaire, soit un néolibéral. Quelle que soit la voie, la société exigera un changement. Mais des fenêtres d'opportunité existent déjà. Je ne crois pas à une révolution, mais à l'importance d'agir maintenant avec pragmatisme face à la réalité russe.







