La souveraineté alimentaire est devenue une question cruciale pour les Français, d'après le dernier baromètre du label Agri-Éthique publié le 13 mars 2026. Seulement 46 % des citoyens estiment que la production nationale répond à leurs besoins. Néanmoins, ils sont nombreux à se dire prêts à modifier leurs habitudes de consommation pour encourager l'agriculture locale.
Neuf Français sur dix voient la souveraineté alimentaire comme un enjeu prioritaire. Ce sujet se classe désormais au sixième rang de leurs préoccupations majeures, juste après des thèmes tels que la santé, le pouvoir d’achat, l’éducation, la sécurité et l’emploi. Ces résultats reflètent une prise de conscience accrue face à la situation actuelle, révélée par le baromètre du label Agri-Éthique (1).
Les inquiétudes sont fondées. Le ministère de l’Agriculture a récemment signalé un effondrement sans précédent de l’excédent agroalimentaire français, qui a atteint à peine 181 millions d'euros en 2025, bien loin des 5 à 10 milliards d'euros des années 1980. À une époque marquée par des crises multiples, le questionnement sur la capacité de la France à nourrir sa population devient légitime.
Selon le baromètre, de nombreux Français et agriculteurs émettent des doutes concernant l'autosuffisance alimentaire. Actuellement, seuls 51 % des agriculteurs et 46 % de la population générale croient que la production française satisfait parfaitement ses besoins.
Trop d'importations agricoles
Les données récentes du ministère de l’Agriculture montrent que la France devient de plus en plus dépendante des importations alimentaires. Dans certains secteurs, les besoins en produits étrangers sont alarmants. Par exemple, la filière avicole se repose largement sur l'importation, un poulet sur deux provenant de l'extérieur. De même, le secteur laitier dépend de l'importation de fromages pour l'industrie, malgré les exportations de produits à valeur ajoutée.
Face à l'afflux de produits étrangers, la majorité des consommateurs (87 %) et des agriculteurs (82 %) affirment que la France doit réduire sa dépendance aux importations agricoles, selon le baromètre d'Agri-Éthique.
« Pendant des décennies, la souveraineté alimentaire était perçue comme un sujet technique. Les crises géopolitiques récentes ont fait évoluer cette perception », souligne Ludovic Brindejonc, directeur du label Agri-Éthique. « Les tensions actuelles perturbent les chaînes d'approvisionnement et vont sans doute entraîner une hausse des coûts de production », ajoute-t-il.
Le prix, le nerf de la guerre
Environ 60 % des Français estiment que l'État doit prendre des mesures pour aider à restaurer la souveraineté alimentaire. Toutefois, une majorité (80 %) se déclare prête à changer ses habitudes alimentaires, et près de la moitié des sondés accepteraient de payer 3 à 5 % supplémentaires pour soutenir l'agriculture nationale.
Pour les agriculteurs, la question des prix est centrale pour renforcer cette autonomie. Au-delà d'une simple augmentation des prix, la majorité d'entre eux réclame surtout des garanties de prévisibilité et d'équité. En effet, 95 % estiment que la concurrence déloyale est un enjeu majeur, tandis que 90 % soulignent la volatilité des prix comme un problème majeur.
Des solutions comme des contrats pluriannuels ou des volumes garantis sont plébiscités. L’idée d’un système moins lié aux fluctuations des matières premières émerge également : un agriculteur sur deux affirmerait être prêt à signer des contrats à prix fixe pendant les hausses de marché.
« Ce baromètre reflète les préoccupations partagées entre Français et agriculteurs, mais souligne également le manque d'outils pour avancer ensemble », conclut le directeur d'Agri-Éthique France.







