Un vent de colère souffle sur Bordeaux, où les salariés du médico-social et de l'aide sociale à l'enfance (ASE) se sont mobilisés mardi dernier pour dénoncer des conditions de travail précaires et des salaires indécents. Bien que l'intersyndicale avance le chiffre de 250 manifestants, la police en dénombre uniquement 80. Chaque voix compte dans ce contexte critique.
"Faites l'ASE, pas la guerre" est l'un des slogans qui a résonné dans les rues de Bordeaux lors de cette mobilisation organisée par l'intersyndicale (SUD, CGT, CFDT). Les participants, tels que Nicolas, éducateur spécialisé au Centre Raba à Bègles, soulignent que l'avenir du secteur est menacé. "Aujourd'hui", déclare-t-il, "se tient à Tours un congrès de Nexem, un syndicat employeur qui souhaite démanteler notre secteur et casser notre convention collective, qui célèbre bientôt son 60e anniversaire."
La crise est exacerbée par le déficit de 100 millions d'euros du département de la Gironde, engendrant une réduction des budgets alloués aux associations, comme l'explique France Bleu. Cette situation a pour conséquence de rendre le travail des éducateurs encore plus difficile, les plongeant dans une "pauperisation" des conditions de travail.
Des slogans qui interpellent
Avec des déguisements brillants pour attirer l'attention, Lucie et Manon, éducatrices dans un ITEP à Villenave d'Ornon, se sont costumé en bananes pour illustrer la perception négative du secteur. Lucie explique : "Nous tentons de soigner des blessures profondes avec des moyens de plus en plus limités. Cela ne fonctionne pas." Cette lutte est partagée par de nombreux ouvriers qui, comme François Dabadie de Sud Santé Sociaux, dénoncent une véritable bataille entre les éducateurs et leurs propres employeurs.
La réduction des budgets a des conséquences directes sur les services, mettant ainsi en danger des milliers d'emplois dans le secteur. "L'État et le Département nous placent dans une position délicate, menaçant notre stabilité et celle des bénéficiaires de ces services", affirme Dabadie, qui attire l'attention sur le nombre croissant de licenciements prévus.
Un avenir incertain pour les nouvelles générations
Anaïs, élève d'une formation en travail social, exprime ses inquiétudes : "Il n'y a plus de stages, car les entreprises n'ont même pas les moyens de fournir une simple gratification. C'est l'avenir de notre profession qui est menacé." En effet, les baisses de financement rendent la formation des futurs travailleurs sociaux de plus en plus complexe.
Des salaires en dessous du SMIC
Camille, qui travaille dans la prévention spécialisée, met également en lumière la réalité des éducateurs de rue. "Nous rencontrons des jeunes dans des zones rurales où les services publics font défaut. Nous constatons de profondes lacunes en termes de soutien", souligne-t-elle. La directrice générale adjointe en charge des Solidarités au Département de la Gironde, Sophie Aristouy, reconnaît les pressions budgétaires, mais insiste sur le fait que les efforts demeurent marginaux : "Il est essentiel de se recentrer sur les territoires les plus vulnérables, mais cela ne doit pas se faire au détriment des services essentiels."
À Bordeaux comme ailleurs, les éducateurs se battent pour plus de dignité, des salaires justes et des conditions qui respectent leur engagement. La lutte continue.







