Les champs de lavande de la Drôme ne sont pas encore en fleurs, mais l'avenir de la récolte s'annonce déjà incertain. En plus d'une crise de surproduction persistante, les producteurs de lavandin de la région se voient confrontés aux retombées de la guerre au Moyen-Orient. C'est cette préoccupation que les cultivateurs ont soulevée lors de la visite de Fabrice Pannekoucke, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ce vendredi 10 avril à Vinsobres.
Albert Blanc, l'un des producteurs historiques, évoque une situation délicate : "Si certaines parcelles de lavande ne sont vraiment pas rentables, s'il n'y a pas suffisamment de fleurs sur le champ, on ne le ramassera pas". Traditionnellement, la récolte de lavande rythme les étés de la Drôme, mais cette année, cela pourrait s'avérer compliqué. En effet, le marché mondial de la lavande est en surproduction depuis six ans, et les producteurs voient leurs marges se réduire.
Les prix du GNR et du gaz en hausse
Sylvie Autrand, également productrice, souligne les conséquences des hausses de coûts : "On voit déjà le prix du GNR augmenter fortement, et on ne sait pas ce que cette année nous réserve avec l'augmentation des prix du gaz". Cet élément est crucial, car 90% des distilleries dépendent du gaz pour la distillation de l'huile essentielle de lavandin. Les inquiétudes sont également partagées par Philippe Soguel, président du syndicat des distillateurs de la Drôme, qui annonce des hausses d'au moins 50% pour les coûts de production.
Tout le monde travaille à perte
La sinistrose est palpable parmi les producteurs. Le président du syndicat des producteurs de lavande de Drôme et d'Ardèche, Alain Aubanel, s'inquiète de l'avenir : "Il y a des producteurs qui se posent la question de savoir s'ils vont récolter ou pas". La situation est d'autant plus alarmante que certains jeunes producteurs ont déjà cessé leur activité depuis décembre. Le profit que l'on pouvait espérer il y a six ans semble bien lointain, avec des ventes de lavandin chutant de 70%.
La guerre au Moyen-Orient rajoute une couche d’incertitude. Alain Aubanel témoigne : "Le marché s'est effondré pour les cosmétiques dans les pays du Golfe. Nous produisons plus cher, mais nos clients achètent moins". Certains producteurs n'ont tout simplement plus les moyens de récolter, un événement sans précédent dans ce secteur.
A l'issue de sa visite, Fabrice Pannekoucke s'est engagé à porter ces inquiétudes auprès du ministère de l'Agriculture et à œuvrer sur les coûts d'énergie en concertation avec la région Provence-Alpes-Côte-d'Azur.







