La dernière version du projet de loi de finances de la Sécurité sociale contient une modification notable : la suspension de la réforme des retraites est prévue, mais elle comporterait des exceptions importantes. Selon les informations transmises au Parlement, au moins deux catégories de départs anticipés ne seraient pas concernées par cette suspension, ce qui réduit sensiblement la facture annoncée par l'exécutif.
Qui est exclu de la suspension ?
Parmi les bénéficiaires qui semblent épargnés figurent :
- les assurés en carrières longues, c'est‑à‑dire les salariés ayant commencé à cotiser très jeunes et pouvant liquider leur pension un ou plusieurs années avant l'âge légal ;
- certains régimes dits « super‑actifs », incluant des professions aux départs anticipés pour raisons d'exercice, comme des personnels pénitentiaires ou d'autres métiers particulièrement exigeants.
Les carrières longues ne sont plus marginales : elles représentaient 118 252 des 652 000 départs enregistrés en 2024, soit une part non négligeable des cessations d'activité.
Quel impact budgétaire et quelles réactions politiques ?
Les documents préparatoires au débat budgétaire évaluent désormais le coût de la suspension à 1,4 milliard d'euros, contre 1,8 milliard d'euros précédemment annoncé. Cet écart de 400 millions d'euros proviendrait précisément des exclusions accordées à ces catégories.
Sur le plan politique, ces différenciations risquent d'alimenter un vif contentieux : la gauche a d'ores et déjà annoncé qu'elle surveillera de près l'architecture de la suspension pour s'assurer que les carrières longues ne sont pas oubliées. Du côté de l'administration, on rappelle que certaines mesures antérieures ont déjà modifié les règles pour ces publics, ce qui alimente le débat sur l'égalité de traitement entre assurés.
Points à suivre
Plusieurs éléments restent à préciser : le texte final transmis au Parlement doit détailler la portée exacte des exclusions et préciser les critères appliqués. Les enjeux sont doubles : l'économie budgétaire immédiate et le risque d'actions politiques ou juridiques si des catégories de retraités estiment être traitées de manière inéquitable. Le débat parlementaire s'annonce donc serré, entre arbitrages techniques et batailles d'amendements.







