Lorsque Hamdy Ibrahim a quitté son village en Égypte, c'était avec l'espoir de rejoindre l'Europe. Sa famille a reçu un appel alarmant de Libye : "payez ou le garçon mourra".
Un passeur avait exigé 190.000 livres égyptiennes (environ 3.500 euros) pour garantir à Hamdy une traversée maritime clandestine, qui, en 2025, a vu les Égyptiens devenir les migrants africains les plus nombreux à arriver sur les côtes européennes.
Youssef, le frère d'Hamdy, raconte à l'AFP : "Je lui ai répondu que nous n'avions pas les moyens". Le passeur a rétorqué que s'ils ne payaient pas, il serait "jeté à la mer".
Hamdy avait quitté sa famille en novembre, accompagné d'une douzaine d'autres jeunes du village, après avoir contacté des passeurs sur les réseaux sociaux.
Peu après, les familles ont reçu des appels de Libye, les menaçant de conséquences horribles si elles ne payaient pas : "égorgés, abandonnés dans les montagnes ou jetés à la mer", rapporte Abed Gouda, dont le frère fait également partie du groupe.
Face à cette situation désespérée, certains parents ont épuisé leurs maigres économies et contracté des emprunts, avant d'apprendre tragiquement qu'une embarcation avait coulé au large de la Crète, faisant 17 morts, dont six de leur village, ainsi que 15 disparus, parmi lesquels Hamdy et Mohamed.
En 2025, plus de 17.000 Égyptiens ont traversé la Méditerranée, une des routes migratoires les plus dangereuses avec 1.328 morts ou disparus, selon Frontex et l'ONU. La détérioration de la devise égyptienne et de l'économie a exacerbé la précarité, poussant près de la moitié de la population, majoritairement jeune, vers des horizons incertains.
À Kafr Abdallah Aziza, les canaux d'irrigation fissurés et les routes en mauvais état témoignent des conditions difficiles. Les familles survivent grâce à des petites entreprises ou au travail journalier.
Un pharmacien local, Refaat Abdelsamad, constate que "la moitié de nos jeunes envisage la migration clandestine". La dévaluation de la livre égyptienne et la flambée des prix des denrées de base rendent l'avenir incertain.
"Le désespoir et l’effondrement économique sont des facteurs clés", indique Timothy Kaldas, directeur adjoint du Tahrir Institute for Middle East Policy (TIMEP).
Hamdy, qui gagnait à peine 500 livres égyptiennes (10 dollars) par semaine en tant que plombier, voulait offrir une vie meilleure à sa famille.
Depuis le renforcement de la surveillance côtière égyptienne en 2016, les migrants s'orientent vers la Libye, bravant un trajet désertique périlleux, décrit comme "encore plus dangereux" par Nour Khalil, directeur exécutif de la plateforme Egypt Refugees.
Les rescapés décrivent des expériences traumatisantes : "détentions arbitraires, tortures, viols et travail forcé", dénonce l'association SOS Méditerranée.
En 2024, l’UE a signé un accord de 7,4 milliards d'euros avec Le Caire pour freiner les flux migratoires, mais Kaldas souligne que "les gens doivent se sentir bien chez eux" pour que de telles politiques aient un impact.
Selon M. Khalil, la quête d'un avenir meilleur se généralise à toutes les classes sociales : "ceux qui peuvent émigrer légalement le font, tandis que les autres se tournent vers des options irrégulières, malgré les risques associés".
À Kafr Moustafa Effendi, les familles pleurent encore les victimes du naufrage du chalutier Adriana en 2023, qui a fait disparaître environ 650 migrants au large de la Grèce. Les poursuites judiciaires en cours visent les garde-côtes grecs pour homicide par négligence.
Islam et El-Sayed, deux cousins de 18 ans, faisaient partie des passagers ; leurs familles avaient rassemblé 140.000 livres (2.500 euros) pour les passeurs.
Malgré tout, certains atteignent leur but. Hassan Darwish, un jeune ouvrier de 24 ans, a émigré à Rome, où il gagne environ 580 euros par mois pour subvenir aux besoins de sa famille. "Je le referais", avoue-t-il, tout en reconnaissant les horreurs vécues durant son périple.







