L'avocat ultraconservateur José Antonio Kast a été investi président du Chili mercredi, s'engageant à mettre en place un "gouvernement d'urgence". Dans son discours inaugural, il a immédiatement abordé les préoccupations des Chiliens concernant l'immigration, en annonçant des mesures strictes pour en limiter l'entrée.
Kast, qui est considéré comme le chef d'État le plus à droite depuis la fin de la dictature militaire d'Augusto Pinochet, a promis d'agir fermement pour lutter contre la délinquance et l'immigration illégale. Son premier acte a été d'ordonner la construction de "barrières physiques" à la frontière avec la Bolivie pour bloquer les passages de migrants.
Dans son discours devant des milliers de partisans depuis le palais présidentiel de La Moneda, il a déclaré: "Le Chili a besoin d'un gouvernement d'urgence pour faire face à des situations critiques en matière de sécurité, santé, éducation et emploi". José Antonio Kast, âgé de 60 ans, a succédé à Gabriel Boric, ancien président de gauche, après une victoire écrasante lors des élections de décembre dernier.
- Premières décisions -
Mercredi soir, le nouveau président a signé six décrets, dont trois spécifiquement destinés à limiter l'immigration illégale, une de ses promesses de campagne. "Je vous confie la tâche de construire des barrières physiques pour stopper l'entrée de l'immigration illégale", a-t-il affirmé au chef de l'armée, Pedro Varela. D'après les chiffres officiels, environ 337.000 immigrants vivent au Chili sans papiers.
Kast a également lancé un audit des ministères pour évaluer l'état de l'administration laissée par son prédécesseur. "On nous remet un pays en bien moins bon état que ce que nous pouvions imaginer", a-t-il souligné dans son discours.
- Soutien international -
Sa cérémonie d'investiture a vu la présence de plusieurs leaders régionaux tels que Javier Milei d'Argentine et Daniel Noboa d'Équateur, mais également celle du sous-secrétaire d'État américain Christopher Landau. Cette arrivée au pouvoir de Kast s'inscrit dans une tendance conservatrice croissante en Amérique latine, et pourrait établir un nouvel alignement en faveur des États-Unis.
Selon Rodrigo Arellano, analyste politique à l'Université du Développement à Santiago, Kast représente une droite conservatrice inédite depuis le retour à la démocratie. "J'ai confiance en Kast, nous avons souffert de beaucoup de délinquance ces dernières années", confie José Miguel Uriona, un commerçant de Valparaiso.
En dépit d'une augmentation des crimes violents au cours de la dernière décennie, le Chili reste l'un des pays les plus sûrs de la région, avec un taux d'homicides de 5,4 pour 100 000 habitants en 2025.
- Réactions partagées -
D'un autre côté, des voix discordantes s'élèvent. Martina Vivar, étudiante de 20 ans, a exprimé sa colère face à ce qu'elle appelle une "campagne de peur" rappelant les sombres jours de la dictature. Le président Kast a affirmé que son gouvernement répondrait à une "urgence nationale" en s'attaquant rapidement à la montée des crimes, des enlèvements et de l'extorsion.
Dans son cabinet de 24 ministres, plusieurs nominations ont fait polémique, notamment deux ex-avocats de l'ancien dictateur Pinochet et une militante anti-avortement qui dirigera le ministère de la Femme. Ces choix ont suscité une vive opposition au Parlement, où la droite, bien qu'en position de force, devra négocier avec le centre-gauche pour concrétiser ses réformes. Alejandro Olivares, politologue à l'Université du Chili, prédit des difficultés pour le gouvernement, notant un manque d'expérience en matière de gestion politique parmi ses membres.







