Kara-Saz (Kirghizstan) – Perchés à 3 000 mètres d'altitude, des yaks blancs se fondent dans le paysage enneigé du Kirghizstan. Initiée par la famille Akmatov, cette race rare marque la renaissance de l'élevage kirghize, alors que le pays fait face au surpâturage et à la dégradation des sols.
Amantour, 30 ans, surveille du haut de son cheval un troupeau de 300 yaks semi-sauvages, étonnés par la présence humaine. "Le froid atteint des températures extrêmes de -40°C la nuit. Les yaks, en revanche, prospèrent dans ces conditions" explique-t-il à l'AFP. Ce travail est à la fois ancestral et délicat, car la croissance de ce troupeau est lente, avec un veau en moyenne tous les deux ans.
Tandis que les yaks se nourrissent librement dans la montagne, la menace des prédateurs est omniprésente. "Je trouve parfois des loups trop près du troupeau", dit Amantour, qui doit se protéger et protéger ses bêtes. Ces défis renforcent la nécessité pour la famille de faire reconnaître cette race unique par le gouvernement kirghize.
Renaissance de l'élevage kirghize
Le cheptel de yaks au Kirghizstan a doublé depuis la fin des années 1990, grâce à des politiques gouvernementales favorables, atteignant plus de 60 000 individus. Le ministère de l'Agriculture affirme que l'élevage de yaks est prometteur, surtout face aux défis posés par le changement climatique.
Les yaks, adaptés à la vie dans les champs isolés, nécessitent des pâturages peu riches en nutriments. Leur élevage représente une solution face à la dégradation des sols, l'un des fléaux de l'Asie centrale. "Ils vivent dans des conditions extrêmes et leurs produits, viande, lait, et laine, sont entièrement biologiques", note un représentant du ministère, précisant également que cela pourrait réduire la pression sur les terres rurales.
"Les coûts d'élevage sont faibles, une bonne pâture suffit", souligne Baatyrbek, l'un des membres de la famille Akmatov. Toutefois, des efforts supplémentaires sont nécessaires pour allouer des pâturages afin de augmenter la population de yaks.
Une lignée d'éleveurs visionnaires
La blancheur de ces yaks n'est pas due au hasard. À travers une sélection rigoureuse sur plusieurs années, la famille Akmatov souhaite qu'un jour tous leurs yaks soient d'un blanc uniforme. Le patriarche Tachtanbek, âgé de 88 ans, a reçu de nombreuses distinctions pour sa contribution à l'élevage, il a même été député au Soviet suprême de Moscou.
"J'ai été reconnu pour mes résultats avec des moutons blancs. C'est cette expérience que je voulais appliquer à l'élevage de yaks", confie-t-il. La préservation des races indigènes, adaptées aux conditions climatiques rigoureuses, est cruciale. Les experts de la FAO soulignent qu’il est essentiel de maintenir ces caractéristiques pour garantir la durabilité de l'élevage kirghize.
Amantour et sa famille aspirent à un avenir meilleur pour l'élevage de yaks au Kirghizstan, avec des projets d'exportation de cette race emblématique, renforçant ainsi l'héritage d'un savoir-faire ancestral dans un contexte moderne de défis agricoles.







