Pétrole et conflits : la stratégie de Moscou face aux bouleversements au Moyen-Orient

La Russie navigue entre opportunités économiques et pertes stratégiques au Moyen-Orient.
Pétrole et conflits : la stratégie de Moscou face aux bouleversements au Moyen-Orient
Le président russe, Vladimir Poutine, lors d'une rencontre avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner à Moscou, le 2 décembre 2025. © Alexander Kazakov, AP

Depuis son engagement militaire en Ukraine en 2022, la Russie doit jongler entre gains et pertes face à la guerre qui fait rage au Moyen-Orient. Les récentes frappes américano-israéliennes sur l'Iran et la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz ont propulsé les prix des hydrocarbures, un scénario qui semble favorable à Vladimir Poutine, bien que cela puisse également entraîner la perte d'un allié crucial dans la région.

Un retournement de situation a récemment pu être observé : après avoir critiqué l'Inde pour ses importations de pétrole russe, l'administration américaine a accordé à New Delhi le feu vert pour acheter de nouveau auprès de Moscou jusqu'au 4 avril, comme l'indique le monde. Bien que Scott Bessent, secrétaire du Trésor, ait précisé que cette décision ne profiterait que temporairement à la Russie, de nombreux analystes voient dans cette initiative un signe précoce que Moscou pourrait déjà tirer des bénéfices de la guerre au Moyen-Orient.

Dans le contexte actuel, les experts s'accordent à dire que la Russie pourrait connaître une hausse prolongée des prix des hydrocarbures. Depuis le début des attaques contre l'Iran le 28 février, les coûts du pétrole ont atteint des sommets historiques, avec la fermeture partielle du détroit d'Ormuz, essentiel pour le transit mondial du pétrole.

Le prix du baril a récemment franchi le seuil des 100 dollars, un niveau jamais atteint depuis le début du conflit en Ukraine. Ultérieurement, le baril de pétrole de l'Oural, référence pour le brut russe, a vu son prix grimper à 90 dollars, représentant une augmentation substantielles. Selon Izvestia, cette hausse pourrait générer des revenus supplémentaires de 28 milliards de dollars d'ici la fin de l'année, pour chaque élévation de 11 dollars au-dessus du seuil budgétaire de 59 dollars.

Henning Gloystein, analyste chez Eurasia Group, souligne que la Russie a déjà considérablement bénéficié de ces hausses de prix. "Des cargaisons sont vendues près de 90 dollars le baril, affichant une forte augmentation par rapport au prix précédent de 50 dollars" a-t-il affirmé dans une interview à CNBC.

Assouplissement des sanctions

Cette envolée des prix octroie à Moscou la possibilité d'exporter un volume accru de pétrole. Avec l'assouplissement des sanctions en ce qui concerne les importations indiennes, ces dernières s'élèvent désormais à 1,2 million de barils par jour, excédant les prévisions initiales, à en croire Sumit Ritolia, analyste chez Kpler.

Cependant, le Kremlin a également engagé des sommes faramineuses pour soutenir son effort militaire en Ukraine, tout en subissant des pertes sur le marché européen. Les experts, comme la politologue Vera Grantseva d'France 24, estiment que ces hausses pourraient être temporaires et n'apporteraient pas de solutions aux défis économiques structurels autres que des bouffées d'oxygène à court terme.

"Advenant que les prix ne demeurent pas à un niveau élevé et que le rouble ne s'affaiblisse pas excessivement, les défis budgétaires du Kremlin subsisteront", avertit Alexandre Koliandre, chercheur au Centre d'analyse des politiques européennes.

Bien que la demande en hydrocarbures russes ait significativement augmenté depuis le début des conflits, comme le rapportent des sources officielles, la Russie rencontre des difficultés pour écouler son pétrole en dehors du marché asiatique. Suite à l'interdiction des importations par l'Union européenne, autrefois un client clé, Moscou espère un assouplissement de la politique des États-Unis. Des rumeurs évoquent un éventuel assouplissement des sanctions par l'administration Trump, comme le rapporte l'AFP.

Risque pour les défenses antiaériennes en Ukraine

Outre les revenus additionnels générés par les hydrocarbures, Moscou pourrait utiliser ces fonds pour renforcer ses capacités militaires, selon des analyses. La guerre au Moyen-Orient pourrait également affaiblir les capacités défensives de l'Ukraine. D'un point de vue international, l'attaque contre l'Iran est vue comme un exemple des façons dont les Occidentaux peuvent ignorer le droit international à leur avantage, ce qui complique la position des alliés ukrainiens pour mobiliser un soutien international face à la Russie.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a fait remarquer que la concentration des efforts des partenaires sur l'Iran risque de détourner leur attention du conflit en Ukraine. Ce changement de priorité pourrait affaiblir la défense ukrainienne, déjà vulnérable en raison de la dépendance vis-à-vis des livraisons de missiles occidentaux.

Une prolongation des hostilités pourrait également affecter la capacité budgétaire de l'UE à soutenir financièrement l'Ukraine. Dan Jorgensen, commissaire européen chargé de l'énergie, a récemment suggéré aux pays européens de considérer la possibilité de réduire les taxes sur l'énergie pour atténuer l'impact de la montée des prix, une option pourtant inconcevable pour des nations comme la France, déjà en proie à des dettes considérables.

Un allié affaibli ?

Néanmoins, la guerre au Moyen-Orient pourrait également dévoiler certaines faiblesses pour la Russie, notamment la perte potentielle d'un allié stratégique comme l'Iran. Les échanges entre les deux pays avaient considérablement augmenté depuis le début du conflit en Ukraine, l'Iran fournissant notamment des drones à Moscou. En janvier 2025, un accord de coopération a été signé entre les deux pays, mais la capacité de la Russie à soutenir Téhéran face aux menaces américaines et israéliennes reste limitée.

Comme le souligne Ivan Botcharov dans Lenta, l'image de la Russie en Iran pourrait souffrir, ce qui pourrait affaiblir la confiance de Téhéran envers Moscou dans le long terme. De son côté, Nikita Smagine, expert au Carnegie Institute, estime que les conflits continueront de nuire aux intérêts russes et compromettre ses ambitions régionales.

En outre, de lourds investissements, comme une centrale nucléaire à hauteur de 25 milliards de dollars, sont prévus en Iran, ce qui soulève des enjeux considérables concernant l'avenir des relations russo-iraniennes.

Source : AFP, Reuters

Lire aussi

Un million de déplacés au Liban et des frappes sur des lieux saints à Jérusalem : le point sur la crise au Moyen-Orient
Un million de personnes déplacées au Liban; des frappes sur des lieux saints à Jérusalem. Découvrez les dernières nouvelles du Moyen-Orient.
21h50
Zelensky appelle à un contrôle accru sur la vente de drones en Ukraine
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, renforce le contrôle gouvernemental sur la vente des drones, évoquant des menaces pour les entreprises récalcitrantes.
21h19
L'absence de poursuites contre Carlos Mazon après les inondations tragiques en Espagne
L'ancien président de Valence, Carlos Mazon, ne sera pas poursuivi après les inondations tragiques de 2024. La justice conclut qu'aucune infraction n'a été commise.
20h22
Dopage : un ancien champion de tennis condamné à quatre ans de suspension
Marinko Matosevic, ancien joueur de tennis, se voit suspendu quatre ans pour dopage. Des révélations choquantes sur son parcours.
19h54
La douleur d'Isabelle Gélinas face à la perte de Bruno Salomone
Isabelle Gélinas évoque sa peine suite à la mort de Bruno Salomone, star de 'Fais pas ci, fais pas ça'. Découvrez ses témoignages émouvants.
16h51
Une cagnotte exceptionnelle pour un livreur de 78 ans aux États-Unis
Découvrez comment une habitante du Tennessee a levé près d'un million de dollars pour aider un livreur de 78 ans à prendre sa retraite. Une histoire touchante de solidarité et d'espoir.
16h24