Achkhabad, Turkménistan (AFP) – "J'ai toujours acheté des fruits et des jus iraniens. J'appréciais leurs prix bas, mais tout a doublé", déclare Chemchat Kourbanova sur un marché d'Achkhabad, la capitale turkmène. Le pays, situé à proximité de l'Iran, ressent directement les effets économiques du conflit au Moyen-Orient.
Les consommateurs cet été sont frappés par une hausse significative des prix : les mandarines coûtent désormais 1,9 dollar le kilo, tandis que les pommes dépassent les deux dollars. Même les cigarettes, autre produit populaire, sont à trois dollars le paquet. La perturbation soudaine des chaînes logistiques avec l'Iran, où les échanges avaient augmenté ces dernières années, impacte sévèrement les cinq anciennes républiques soviétiques de la région, dont le Kazakhstan et l'Ouzbékistan, souligne un journaliste de l'AFP.
Cette envolée des prix fait suite à la guerre démarrée fin février au Moyen-Orient et à l'embargo imposé par Téhéran sur ses exportations agroalimentaires. Kerim Ballyev, fonctionnaire et consommateur régulier de cigarettes iraniennes, se dit désemparé : "Le prix a presque doublé, c'est trop cher pour moi, je vais devoir les acheter à l'unité".
Dans ce contexte opaque, où les informations sont étroitement contrôlées par les autorités, le conflit en Iran reste peu évoqué dans les médias turkmènes. Bien que les statistiques commerciales soient gardées secrètes, Téhéran demeure un partenaire commercial clé d'Achkhabad, en dépit de la présence dominante de la Russie et de la Chine.
Peu d'alternatives
La région d'Asie centrale, dont le territoire est comparable à celui de l'Union européenne, dépend fortement de ses voisins — la Chine, la Russie, l'Iran et l'Afghanistan — pour ses corridors de transit. Iskender Charcheev, économiste kirghiz, note que "l’Iran a longtemps été une porte d'entrée vers le sud : ses corridors de transport offrent un accès crucial au golfe Persique et aux marchés d'Inde, du Moyen-Orient et d'Europe".
Malheureusement, l'intensification du conflit a rendu ces corridors méridionaux presque inopérants. Charcheev ajoute : "Nous assistons déjà à des retards de livraison et à une hausse des prix du carburant, des engins de production ainsi que des médicaments".
Biachim Ovezov, un distributeur de marchandises iraniennes, témoigne d'une diminution alarmante des flux commerciaux : "Si la guerre se prolonge, non seulement les prix vont encore grimper, mais ceux d'entre nous qui importent des biens essentiels feront face à des pertes d'emploi".
En effet, la question alimentaire est cruciale, car l'Iran fournit traditionnellement fruits, légumes et produits laitiers à la région. "Il est extrêmement difficile de les remplacer rapidement, les alternatives venant de Chine ou de Turquie étant à la fois plus chères et logiquement complexes", précise Charcheev.
Les routes commerciales disponibles, comme celles par la mer Caspienne pour éviter la Russie et l'Iran, ne sont pas encore capables de supporter une réorientation soudaine des flux logistiques : "Il n'existe pas de solution rapide au manque de transit iranien", conclut-il.
Des rayons presque vides
Les répercussions du conflit se font également sentir au Tadjikistan, autre pays d'Asie centrale ayant renforcé ses relations avec l'Iran. Madina, une distributrice de produits iraniens à Douchanbé, témoigne : "Je n'ai pratiquement plus rien que des épices en stock". Un camion de produits iraniens qui devait être livré n'a pas pu quitter l'Iran en raison des hostilités.
"Les frontières ont été immédiatement fermées, stoppant nos exportations et maintenant nos marchandises sont bloquées". Elle craint que si la guerre perdure, elle devra réduire la taille de son magasin, voire le louer.
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