Paris (France) – Une récente étude scientifique du Muséum national d'histoire naturelle soulève de sérieuses questions sur les politiques d'élimination des animaux considérés comme nuisibles en France. Selon cette recherche publiée dans la revue Biological Conservation, la chasse et la capture massives de ces espèces ne parviennent pas à diminuer les pertes économiques qui leur sont attribuées.
Cela fait des décennies que le gouvernement publie, tous les trois ans, une liste recensant les "espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (ESOD)", permettant leur chasse et capture tout au long de l'année pour protéger les activités agricoles. Une mise à jour de cette liste est attendue cet été.
Chaque année, environ 1,7 million d'animaux, incluant des renards et des corvidés, sont abattus dans le but de réduire les nuisances économiques et sanitaires. Cependant, l'étude révèle que le coût de ces mesures est jusqu'à huit fois supérieur aux déclarations de dégâts causés par ces espèces. Les chercheurs estiment que le budget consacré à l'élimination de ces animaux s'élève entre 103 et 123 millions d'euros par an, en contraste avec les 8 à 23 millions d'euros attribués aux dégâts signalés.
Le Muséum conclut que cette approche n'est ni rentable ni efficace : "Détruire ces espèces coûte plus cher que d'indemniser les dommages économiques", affirment-ils. De plus, l'étude met également en lumière l'inefficacité des efforts de régulation, notant qu'en observant cinq espèces d'oiseaux de la liste, les chercheurs n'ont pas constaté de diminution des populations nicheuses, une tendance également observée avec le renard roux dans des études antérieures.

Récemment, un arrêté ministériel a ajouté plusieurs espèces, telles que la martre des pins et le corbeau freux, à la liste des ESOD. Toutefois, le Conseil d'Etat a demandé au gouvernement de retirer la martre de cette classification, une décision qui illustre les tensions entre les autorités et les groupes de défense de l'environnement. En 2024, un rapport de l'Inspection générale de l'environnement appelait à repenser l'approche française en matière de gestion des nuisibles, en suggérant de ne pas reconduire l'arrêté ESOD.







