Les tensions autour du marché du carbone s'intensifient en Europe

Un combat se profile en Europe sur le prix du carbone et ses impacts économiques.
Les tensions autour du marché du carbone s'intensifient en Europe
Une usine de BASF, en Allemagne, le 13 septembre 2025 © Christopher Neundorf / POOL/AFP/Archives

Bruxelles (Belgique) – Le coût du CO2 pèse lourdement sur l'économie de l'UE. Face à cela, une coalition d'industriels et d'États tente de remettre en question le fonctionnement du marché du carbone, un outil devenu emblématique des politiques écologiques du continent.

La pression s'accroît alors que la guerre au Moyen-Orient suscite des inquiétudes quant à une nouvelle flambée des prix de l'énergie en Europe.

La Commission européenne se penchera sur ce sujet lors d'une réunion ce vendredi, à l'approche d'un sommet prévu le 19 mars, axé sur la compétitivité de l'UE.

Une initiative pour une transition équilibrée

Créé en 2005, le marché des quotas d'émissions de carbone a été conçu pour favoriser une transition vers une économie à faibles émissions. Le système repose sur le principe du pollueur-payeur : les acteurs du secteur énergétique, notamment les producteurs d'électricité et les industries à forte consommation d'énergie (comme la sidérurgie, le ciment et la chimie), doivent acquérir des "permis de polluer" sur le marché européen, connu sous le nom d'ETS (Emissions Trading System).

Actuellement, le prix d'une tonne de CO2 se stabilise autour de 70 euros, tandis que le total des quotas diminue progressivement, incitant les industriels à réduire leurs émissions. Pour accompagner cette transition, des quotas gratuits sont attribués, mais uniquement jusqu'à leur extinction prévue d'ici 2034.

Les critiques émergent

Les critiques se multiplient alors que l'économie européenne fait face à la concurrence accrue de la Chine et aux restrictions imposées par les États-Unis. De nombreux secteurs industriels, en particulier la chimie allemande, soulignent que le coût de l'énergie est déjà trois fois plus élevé qu'aux États-Unis et accusent le prix du carbone d'alourdir leur facture.

Face à une possible augmentation des coûts due à la guerre au Moyen-Orient, les industries les plus énergivores intensifient leurs revendications. Elles demandent notamment que le prix du CO2 soit bloqué jusqu'en 2026 et que les quotas d'émissions gratuits soient prolongés au-delà de 2034.

Certains pays, comme la Pologne et la République tchèque, qui dépendent encore fortement des énergies fossiles, soutiennent cette fronde. L'Italie, maintenant dans le camp de ceux qui contestent, exige une suspension du marché pour le réformer en profondeur, tout en appelant à revoir le cadre tarifaire de l'électricité, désormais indexé sur le gaz.

De son côté, l'Allemagne maintient une position ambivalente. Le mois dernier, un appel du chancelier Friedrich Merz à réviser le mécanisme en place a entraîné une chute du prix du CO2.

Des choix difficiles pour la Commission européenne

À l'opposé, des pays scandinaves et l'Espagne soutiennent fermement le système en vue d’accélérer la transition énergétique. "Abandonner les engagements climatiques au nom de la compétitivité serait une grave erreur stratégique", a averti le président français Emmanuel Macron, tout en reconnaissant que le prix du CO2 représente une charge lourde pour les pays d'Europe de l'Est.

La Commission européenne avait prévu une révision du marché du carbone pour 2026, mais fait face à une pression croissante pour agir. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, met en avant les "clairs avantages" du système, notant que depuis 2005, les émissions ont chuté de 39 % dans les secteurs concernés, tout en affichant une croissance de 71 %.

Deux options sont envisagées : maintenir l’attribution de quotas gratuits en échange d’investissements dans la décarbonation, ou ajuster les "valeurs de référence" pour la distribution des quotas. L'économiste Marc Baudry, spécialiste du climat, souligne qu'une remise en cause globale du marché serait désastreuse, car cela pénaliserait les industriels déjà engagés dans des efforts de transition.

En conclusion, bien que le système soit confronté à des défis, sa survie semble encore assurée, à condition que des solutions concrètes soient trouvées pour atténuer son impact financier sur les secteurs les plus vulnérables.

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