Plus d'un million de personnes se rassembleront vendredi à Douala pour une messe exceptionnelle dirigée par le pape Léon XIV, représentant l'événement phare de sa visite au Cameroun, axée sur la paix et une franche critique des tyrans qui dévastent le monde.
Au cours de son passage dans la capitale politique, Yaoundé, et dans la ville de Bamenda, épicentre d'un violent conflit séparatiste, le pape a adopté une posture plus audacieuse, en réponse aux critiques émanant de personnalités politiques telles que le président américain Donald Trump.
Des milliers de fidèles ont déjà commencé à affluer vers l'esplanade du stade Japoma, où la messe, prévue pour 11H00 (10H00 GMT), devrait attirer une foule immense, selon les estimations des autorités camerounaises.
Depuis son arrivée, la présence du chef de l'Église catholique a engendré une ferveur populaire, marquée par des chants, des danses, et des acclamations de milliers de croyants qui se sont mobilisés sur les routes pour l'accueillir.
Ses discours, chargé d'une dimension sociale forte, ont dénoncé mercredi dernier "les maux infligés de l'extérieur, par ceux qui, au nom du profit, continuent d'exploiter notre continent". Les tueries et tensions qui ravagent la région ont été au cœur de ses préoccupations.
Le Cameroun, riche en ressources telles que le pétrole, le bois, le cacao et le café, a attiré depuis des décennies de nombreux investisseurs, suscitant l'intérêt des puissances étrangères, comme le pointe l'analyse du quotidien Le Monde.
"Nous vivons dans un monde déchiqueté par la tyrannie, mais unis par la solidarité de nombreuses âmes", a souligné le pape à Bamenda, touchée par des violences entre les forces de l'ordre et des groupes armés.
Il a également alerté sur les conséquences désastreuses de la pillage des ressources, affirmant: "Ceux qui exploitent votre terre investissent souvent dans des armes, entraînant une spirale de violence interminable".
- "Artisans de paix" -
Avec environ 37% de la population camerounaise catholique, l'Église joue un rôle clé, gérant un réseau considérable d'écoles, d'hôpitaux, et de services sociaux, un levier d'influence que le Vatican souhaite renforcer.
Douala, un des principaux ports d'Afrique centrale, a une population d'environ cinq millions d'habitants et a récemment été le théâtre de manifestations violentes suite à des élections contestées.
Les violences sociales qui ont suivi la réélection controversée de Paul Biya en octobre dernier ont été particulièrement graves, avec des rapports de morts, pourtant minimisés par le gouvernement.
L'opposant Anicet Ekane, figure emblématique de la gauche nationaliste, a perdu la vie en détention, soulevant des craintes sur la répression des dissidents dans le pays.
"Notre nation a traversé des crises profondes, et il est crucial d'émerger de cette visite en tant qu'artisans de la paix", a déclaré Samuel Kleda, archevêque de Douala, connu pour ses critiques du régime en place.
Après la messe, le pape se rendra à l'hôpital catholique Saint-Paul pour une visite, avant de revenir à Yaoundé pour s'adresser à la communauté universitaire. Sa tournée camerounaise culminera avec une dernière messe samedi.
Ce périple, qui a débuté avec une forte déclaration contre la corruption, comprend aussi une visite d'historique en Algérie et se poursuivra en Angola et Guinée équatoriale jusqu'au 23 avril.







