La Commission européenne a déclaré le mercredi 15 avril que son application de vérification d'âge, développée depuis 2025, sera bientôt accessible au public. Ce dispositif, conçu pour assurer la sécurité des mineurs en ligne, ravive le débat sur l'instauration d'une 'majorité numérique' à l'échelle européenne.
Ursula von der Leyen a décrit cette application comme "une solution gratuite et simple pour protéger nos enfants des contenus indésirables et illégaux". S'inspirant du certificat sanitaire européen introduit lors de la pandémie, le projet vise à offrir une approche efficace à la protection des mineurs sur internet.
Après des tests dans plusieurs pays, dont la France, l'application est techniquement prête et devrait être lancée d'ici la fin de l'année. Sept pays européens s'apprêtent à l’expérimenter, et selon Le Figaro, elle pourrait également s'appliquer à des plateformes comme Snapchat.
Cette application permettra aux utilisateurs de prouver leur âge sans divulguer d’informations privées. En s’enregistrant avec une carte d'identité ou un passeport, les internautes prouveront leur âge tout en préservant leur anonymat. "Les réseaux sociaux devront s'y conformer", a assuré von der Leyen, ajoutant qu'elle espère qu’ils ne chercheront plus d’excuses pour se soustraire à cette obligation.
Une promesse d’anonymat grâce à la 'zéro connaissance'
Pour garantir la confidentialité, l'Union européenne intègre une technologie cryptographique nommée 'zéro connaissance' (Zero-Knowledge Proofs), permettant de prouver une information sans en révéler le contenu. "Cet outil garantira une anonymité totale, sans possibilité de traçage", a promis Ursula von der Leyen lors d'une démonstration à Bruxelles observée par des journalistes, y compris ceux de l'AFP.
Cette application pourrait également être intégrée aux systèmes nationaux, y compris les portefeuilles d'identité numérique, et être compatible avec divers appareils, des smartphones aux ordinateurs.
Une pression politique pour uniformiser les règles en Europe
Cette initiative s'inscrit dans un cadre plus large cherchant à réguler les réseaux sociaux en Europe. Plusieurs pays, y compris la France, cherchent à encadrer l'accès des mineurs à ces plateformes. Emmanuel Macron prévoit d'organiser une visioconférence avec d'autres dirigeants européens pour maintenir la pression sur ce dossier, selon des sources proches de l'Élysée.
L'objectif semble être d'instaurer une 'majorité numérique' uniforme, alors que les seuils d'âge varient actuellement d'un pays à l'autre. La France envisage d’interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dès la rentrée prochaine.
Pour l’instant, la Commission européenne demeure prudente. Ursula von der Leyen, bien que favorable à une telle mesure, attend le rapport d'experts prévu cet été.
Un dispositif déjà controversé
Bien que certaines voix politiques se réjouissent des avancées, d'autres plaident pour des mesures plus strictes. L’eurodéputée Stéphanie Yon-Courtin estime qu'il est crucial d'évoluer vers une approche véritablement européenne pour éviter des disparités entre les pays.
Des organisations de défense des libertés numériques, comme le réseau d’ONG European Digital Rights (EDRi), critiquent cette initiative. Leurs représentants, tel que Simeon de Brouwer, jugent que la vérification d'âge est une stratégie malavisée qui pourrait empiéter sur les libertés individuelles tout en déchargeant les plateformes de leurs responsabilités.
Bastien Le Querrec, juriste à La Quadrature du Net, partage ces préoccupations. Il souligne que cette technologie pourrait, en réalité, constituer une menace pour l'anonymat en ligne, car l'utilisateur doit s'identifier auprès d'un tiers de confiance. Il appelle à une régulation des modèles économiques addictifs des plateformes plutôt qu'à des mesures superficielles de protection.







