Dans la ville historique de Tyr, située au sud du Liban, le dernier bastion chrétien a été abandonné, marquant un tournant tragique alors que l'armée israélienne a ordonné l'évacuation des lieux. Ce quartier, à la fois refuge et havre de paix pour de nombreux déplacés, a vu ses rues se vider mardi sous la pression des menaces de frappes.
Elias Barbour, l'un des habitants, a partagé son désespoir : "Nous avons fait nos bagages et nous allons partir. Au début, on pensait qu'on n'était pas concernés par les avertissements israéliens." Ses paroles témoignent d'un sentiment de désillusion et d'effroi face à une situation devenue intenable.
Les barques de pêcheurs, jadis animées, reposent désormais sur la plage, tandis que les restaurants dont les ruelles étaient autrefois pleines de vie sont maintenant fermés. Des familles entassent des biens dans leurs voitures et d'autres, portant des valises, se dirigent vers l'inconnu.
Durant la guerre qui a éclaté en mars, ce quartier n’abritait pas seulement ses résidents, mais aussi un grand nombre de déplacés ; certains avaient pris refuge dans des véhicules, des tentes ou des ateliers. L’armée israélienne, dans un appel sans précédent, a demandé à tous les habitants d’évacuer vers le nord, en raison de frappes anticipées ciblant le Hezbollah soutenu par l'Iran.
"Pour votre sécurité, nous vous demandons d'évacuer immédiatement vos domiciles (…) et de vous déplacer au nord du fleuve Zahrani", a déclaré le porte-parole de l'armée israélienne, créant une vague d’anxiété parmi la population. Selon Walid al-Tawil, membre du conseil municipal, "il ne reste plus qu'un petit nombre de gens" dans ce quartier désormais déserté à 99%.
En milieu de journée, des frappes israéliennes ont frappé intensément des zones de la ville, causant des dommages aux ruines antiques classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, tandis que des résidents affirmaient que le secteur n’abritait aucun combattant du Hezbollah.
Des files de véhicules, chargés de biens et de matelas, ont afflué vers Saïda, ville voisine, témoignant d’un exode massif. Certains déplacés, ne sachant où aller, ont érigé des tentes sur les trottoirs, mettant en lumière une crise humanitaire grandissante.
Alors que la guerre s'intensifie, Ahmad Haïdar, un homme aux cheveux grisonnants, avoue : "Nous avons eu peur quand il y a eu l'avertissement. Dans cette situation, il n'y a plus de lieu sûr à Tyr." Les statistiques sont accablantes : depuis le début du conflit, plus de 3 600 personnes ont perdu la vie, et plus d’un million de Libanais ont été déplacés selon les autorités.
Enfin, la voix de Mohammad Moustafa résonne dans cette tragédie collective, affirmant : "Israël prétend que le Hezbollah est ici, c'est un mensonge. Il n'y a pas de combattants ici." La résistance de ces habitants persiste cependant : "Je ne veux pas partir", déclare-t-il, affirmant un attachement indéfectible à sa terre natale, malgré les dangers qui l'entourent.







