Ce mardi, la ville de Nanyuki au Kenya a été le théâtre de manifestations houleuses, des centaines d'habitants s'opposant à l'établissement d'un centre de quarantaine destiné à accueillir des Américains potentiellement exposés au virus Ebola.
Localisé sur la base aérienne de Laikipia, près de Nanyuki, ce centre suscite l'inquiétude dans une région qui n'a jamais connu ce virus mortel. Rappelons qu'une épidémie d'Ebola a été déclarée mi-mai en République démocratique du Congo (RDC), la 17e du genre dans ce pays de plus de 100 millions d'habitants.
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment rapporté 550 cas confirmés d'Ebola en RDC, suivis de 101 décès. L'Ouganda a également enregistré 19 cas, avec deux décès associés. Ces chiffres illustrent la gravité de la situation, renforçant les craintes des Kényans concernant l'introduction d'une telle maladie.
À Nanyuki, de nombreux manifestants, certains revêtus d'équipements de protection et portant un cercueil arborant l'inscription "Ebola", se sont rassemblés en plein centre-ville. Des journalistes de l'AFP ont témoigné d'interventions polémiques de la police, qui a eu recours à des gaz lacrymogènes pour disperser des foules parfois très agitées.
"Nous n'avons jamais eu ce virus ici... Pourquoi le ramener dans notre pays ?" s'est offusquée Zipporah Wachira, une manifestante de 30 ans. Le centre, prévu pour accueillir 50 patients, est presque achevé, selon une source diplomatique américaine.
Les critiques à l'encontre des États-Unis se multiplient également, les habitants déplorant que le gouvernement américain préfère soigner ses citoyens malades à l'étranger plutôt que de les accueillir sur leur sol. "Nous disons aux Américains qu'ils peuvent emporter leur Ebola avec eux", a affirmé Mwangi Wangai, un défenseur des droits humains de 30 ans, également vêtu de protections.
Priscilla Waimani, 47 ans, créatrice de contenu, a exprimé son indignation : "Pourquoi considéreraient-ils notre pays comme une décharge ?" Des manifestations antérieures avaient déjà eu lieu à la base de Laikipia, où deux manifestants avaient été tués par la police, fréquemment critiquée pour son usage disproportionné de la force.
Le projet de centre de quarantaine a même été suspendu par la justice kényane au nom de l'intérêt public. Toutefois, le gouvernement du président William Ruto a affirmé son intention de poursuivre le projet, arguant de l'importance de respecter ses engagements envers Washington, qui a promis 13,5 millions de dollars pour appuyer la préparation du Kenya face à Ebola.
Interrogé à ce sujet, Tarik Jasarevic, porte-parole de l'OMS, n'a pas pris position sur l'initiative américaine, mais a souligné l'importance de l'engagement communautaire dans tout effort de santé publique. "Sans l'adhésion de la communauté, les efforts de préparation et de réponse ne peuvent pas réussir", a-t-il déclaré.
Critique également, le gouvernement a signé un accord de santé bilatéral l'année dernière, permettant aux États-Unis d'accéder à des données de santé kényanes en échange de subventions.







