Quel lien entretenons-nous avec l’entreprise ? Ce sont les entreprises qui soutiennent nos territoires souvent fragiles. Samuel Corgne, fondateur d’Ergo Santé, nous invite à réfléchir sur cette réalité.
En France, le rapport avec l’entreprise est ambivalent. On lui demande beaucoup, tant en termes d’emploi, de formation, d’écologie que d’inclusion, mais simultanément, un climat de méfiance persiste. Cette contradiction n’est pas nouvelle, mais elle se fait de plus en plus ressentir, surtout dans des régions comme la nôtre où l’accès à l’emploi n’a pas toujours été facile. L’entreprise n’est pas une simple abstraction; elle est la dernière ligne de résistance là où l’activité a disparu. Une PME qui persiste, un artisan qui résiste, sont des figures essentielles et souvent méconnues.
Lorsque les institutions montrent des signes d’hésitation et que le discours public devient confus, l’entreprise avance par nécessité, non par idéologie. Une entreprise ne peut se permettre de faiblir, elle doit livrer, recruter lorsque c'est possible, et former par obligation. Dans notre société, le travail demeure, encore aujourd’hui, l’un des rares lieux où l’on ressent un sens d’utilité, au-delà du salaire. Les répercussions de la désindustrialisation se font cruellement sentir où l’activité faiblit et les vulnérabilités s’enracinent.
L’indépendance d’un territoire ne se décrète pas. Elle se construit entreprise par entreprise.
En évoquant cette réalité, le philosophe Michel Serres rappelle que le véritable progrès vient de ceux qui prennent en considération les plus fragiles. Cela se manifestent concrètement dans les entreprises : des initiatives pour former des jeunes en difficulté ou pour maintenir des salariés en emploi sont fréquentes. Ce ne sont pas de simples promesses, ce sont des choix incontournables.
Cependant, toutes les entreprises ne méritent pas la même considération. Certaines n'ont qu'un passage éphémère, ferment des usines, laissant derrière elles un vide et une méfiance croissante. Mais ce ne sont pas elles qui soutiennent véritablement nos territoires. Celles qui font la différence sont souvent celles qui agissent dans l'ombre.
Garder ses compétences
Ce sont les entreprises qui choisissent de rester malgré l’adversité, qui investissent sans certitude, qui transmettent un savoir précieux. Ce recentrage sur la production locale a eu un mérite indéniable : il rappelle l’importance de préserver des compétences et de décider localement. L’indépendance d’un territoire ne se décrète pas; elle se construit lentement, entreprise par entreprise. Il est crucial de redéfinir notre perception des entreprises, qui ne sont pas vertueuses par nature mais par les valeurs de ceux qui les dirigent. Dans un contexte où l’érosion des repères collectifs s’intensifie, voir les créateurs d’activités comme des suspects n'est pas seulement erroné, c’est dangereux. Produire, former et transmettre sont des actes profondément humains qui, dans nos territoires, renforcent la cohésion et soutiennent l'avenir.







